vendredi 22 mai 2009

Il est temps...

J-13 avant les élections européennes.

Chose rare, je regarde le 20h de France 2.

Les nouvelles défilent. Ça parle de grêlons de la taille d'une balle de tennis, d'assureurs arnaqueurs, d'enfants mis en garde à vue, de sectes - ah oui, ça marche bien ça comme sujet les sectes, brrrrr, ça fait peur les sectes - ça parle même de la page facebook de Sarkozy, de Carla qui prend le thé à l’Elysée en jouant avec son chien, écœurant. J'attends… attentive, fébrile. Je perds espoir. Je me résigne, ce ne sera pas pour aujourd'hui…

Quand enfin ça arrive !

A la 19ème minute de la grande messe du 20h de la télévision publique subventionnée et à vocation pédagogique, à moins de deux semaines avant le scrutin : un sujet sur les élections européennes ! Miracle. Je n'y croyais plus. Enfin! tout de même. Bon voyons voir, ce que ça raconte. Je suis tout ouïe.

Sujet: "Les élections européennes: dépôt des listes terminé". On nous présente les listes une à une. "L'UMP pour l'heure en tête dans les sondages. Ses candidats les plus médiatiques, deux ministres, Michel Barnier et Rachida Dati, candidats en Ile-de-France. Derrière le PS peine à trouver ses marques, affaibli par ses dissensions internes. Parmi ses têtes d'affiche: Harlem Désir en Ile-de-France, Vincent Peillon parachuté dans le Sud-Est ou Henri Weber dans le Centre »

Arrêt sur image : vous avez remarqué l’usage de termes positifs pour l’UMP, et de termes négatifs pour le PS ? Non ? Et bien moi oui, et c’est pour ça que je commence ce blog. Relisez :

UMP + en tête + plus médiatiques + deux ministres

PS + derrière + peine + affaibli + dissensions + parachuté

Sans compter que deux candidats sont nommés pour l’UMP, un homme et une femme, alors qu’on ne cite que des hommes pour le PS, pourtant champion de la parité. Vous voyez le déséquilibre maintenant? Vous vous dîtes que je suis parano ? Et bien non, ceci n’est qu’un exemple parmi d’autres – trop nombreux – de quelque chose qui est devenu systématique. Je dis bien SYS-TE-MA-TI-QUE (oui j’ai l’accent du Sud).

Nous vivons dans un monde où les droites de tous pays ont gagné la guerre des médias et des esprits. Il est temps pour la gauche européenne, non pas de regagner la guerre des médias, non, ça n’est pas notre genre l’agressivité, la domination, l’écrasement des autres. Il est simplement temps que nous rétablissions l’équilibre médiatique. Il est temps de reprendre la parole et de se faire entendre.

Je reviens au sujet de France2. Les autres listes sont présentées, 5 secondes chacune. « Au final 72 députés à élire répartis en 8 régions. Un découpage artificiel et des têtes de liste pas toujours identifiables, voilà qui explique en partie le désintérêt des électeurs pour ces européennes. D’ailleurs, l’une des clefs de ce scrutin, peut-être la principale, sera bien le chiffre de l’abstention »

 Temps du sujet: deux minutes chrono.

« Voilà qui explique en partie le désintérêt des électeurs pour ces européennes » ? Je n’en reviens pas. Et le fait qu’à moins de deux semaines du scrutin, un sujet sur les européennes n’arrive qu’à la 19ème minute du journal, ça, ça n’a rien à voir avec le problème ? Mais de qui se moque-t-on ? « D’ailleurs, l’une des clefs de ce scrutin, peut-être la principale, sera bien le chiffre de l’abstention » Comment peut-on affirmer cela avant même que les élections n’aient lieu ? France2, en tant que chaîne publique, n’a-t-elle pas un rôle « clef » à jouer en faveur de la participation ? En vérité, ça aussi, c’est systématique. Oui, je répète : SYS-TE-MA-TI-QUE. Ces élections sont vues par les médias à travers une grille d’analyse nationale. L’enjeu n’est pas national, donc il n’y a pas d’enjeu. C’est fatigant. C’est épuisant. C’est désespérant.

Le Parti Socialiste, et le Parti Socialiste Européen auquel le PS est affilié, se battent depuis des mois pour politiser et européaniser ces élections. Pourtant, ça ne transparait pas dans les médias. Alors, qu’est-ce qui bloque ? Les français ne sont pas prêts ? L’Europe n’intéresse pas ? L’Europe, c’est trop compliqué ? Et bien non, rien de tout ça. Ce qui bloque, c’est l’UMP. L’UMP, et le Parti Populaire Européen auquel elle est affiliée, ne font pas campagne. Ils n’y ont pas intérêt puisqu’ils sont au pouvoir dans la majorité des pays d’Europe. Alors ils laissent passer, en espérant que ça ne se remarque pas. Du coup, le PS et le PSE se battent contre du vent. Nous voulons débattre. Nous organisons meeting sur meeting, mais les médias ne vous le rapportent pas. Pourquoi ? C’est simple. Parce que s’ils font un sujet sur le PS, ils doivent faire un sujet sur l’UMP pour être équitable. Or, l’UMP ne fait pas campagne, donc il n’y a pas de contrepartie disponible. Donc pas de sujet. Jusqu’au dernier moment l’UMP n’avait ni listes, ni programme. Et aussi scandaleux que ce soit, les médias n’en ont presque pas parlé. A la place, nous avons eu droit à des images de Carla en tailleur Chanel pavanant à la cour d'Espagne.

Il faut que ce cirque cesse. 

1 commentaire:

Fabienne a dit…

Oui, je suis d'accord avec toi, les médias ne jouent plus leurs rôles d'informateur, de pédagogue, de dénonciateur, de neutralité ou de prise de position. Non, depuis peut-être trois ans (quand est-ce que Sarkozy a commencé sa campagne présidentielle, déjà?), les médias sont manipulés, choisissant les images, les retouchant, se faisant dicter les mots, corrigeant les éventuelles fautes (et encore...). Même Voici n'ose même plus déconner un peu avec un texte un peu ironique sur une photo de Carla et Nico sont en maillots sur le ponton du yacht de son pote, pendant que la France sombre dans la violence, le chômage, la peur, la mésinformation, et l'ignorance...
Mais où va la France?