Ça y est, j’ai sauté le pas : il y a une semaine de cela, j’ai rejoint la communauté Twitter. Jusque-là j’avais été sceptique par rapport à l’intérêt de cet outil mais les articles écrits par Jon Worth et Julien Frisch sur l’usage de Twitter en politique m’ont ouvert les yeux et convaincue de rejoindre l’aventure Twitter. Quelques jours plus tard, l’article de Bente Kalsnes sur les « political geeks » me confortait dans l’idée que Twitter est un phénomène qui vaut la peine qu’on s’y intéresse. Maintenant, je suis accro. L’autre jour, je jonglais comme à mon habitude entre diverses fenêtres ouvertes sur Gmail, Facebook, Twitter et mon lecteur de flux RSS, entre autres, quand soudainement j’ai eu un flash-back : il y a dix ans, rien de tout ça ne faisait partie de ma vie, ni de celle de personne d’autre en l’occurrence.

Lorsque j’étais adolescente, dans les années 90, c’est-à-dire il y a juste un peu plus de dix ans, nous n’avions ni téléphones portables, ni ordinateurs. En France, on utilisait encore le Minitel, c’est tout dire. Les téléphones portables n’ont commencé à se répandre que lorsque je suis arrivée à l’université. Nous professeurs osaient encore à peine nous demander de « taper » nos devoirs au lieu de les écrire de manière manuscrite. Rares étaient ceux d’entre nous qui possédaient un ordinateur personnel. Dix ans plus tard, en masse, les jeunes gens de ma génération écrivent des « e-mails », « surfent » sur le « web », envoient des « SMS » depuis leur « GSM », compte des centaines « d’amis » sur « Facebook », « postent » leurs idées sur des « blogs » et participent à des débats enflammés sur « Twitter » avec des inconnus. Tout cela est arrivé en dix ans, et cela a profondément changé notre relation au monde, et en particulier à la sphère politique.
Nous sommes témoins du commencement d’une nouvelle ère. L’Histoire de l’espace public se rappellera probablement de la révolution digitale comme un évènement aussi important que l’invention de l’imprimerie par Gutenberg au XVème siècle. Tout le monde a accès à tout type d’information à travers une simple connexion Internet. L’information est devenue un bien commun. Ce n’est plus une source de pouvoir réservée à certains privilégiés. Ceci est en train de changer profondément l’équilibre politique. Qui que ce soit peut désormais influencer le débat public relativement facilement, pour peu qu’il ait de l’esprit, une bonne plume et qu’il comprenne comment utiliser de manière stratégique les outils Internet que sont les blogs, Facebook et Twitter.
L’information ne suit plus une pente horizontale, du journaliste au public. L’information provient désormais de toute part et elle est produite par tous. Par conséquent, la sphère publique devient de plus en plus horizontale. Ce rééquilibrage est en train d’avoir un impact énorme sur nos démocraties. Pendant des dizaines d’années –siècles ?- les débats politiques ont été menés par les journalistes, les intellectuels et les partis politiques. A présent, n’importe qui peut exprimer son opinion sur Internet et attirer beaucoup d’attention. L’information n’est plus un monopole. Nous sommes juste au début d’une nouvelle ère. Les informaticiens l’appellent la société digitale. La Commission européenne l’appelle la société de l’information. Je l’appellerais plutôt la société ouverte.
Cette évolution de la société représente un grand défi pour les partis politiques traditionnels. Ces organisations ont des structures lourdes. A mesure qu’elles ont grandi, les décisions internes se sont prises de plus en plus du haut vers le bas. Ceci ne fonctionne guère plus car grâce à la révolution digitale, l’information n’est plus le monopole de quelques uns. Cependant, les partis politiques traditionnels sont si figés dans le temps en ce qui concerne leur manière d’opérer, qu’ils ont des difficultés à intégrer la révolution Internet. Bien sûr, ils essaient de se mettre aux dernières technologies, ils se font concevoir des sites web « tendance » avec toutes les applications sympa qui vont avec. Mais ils n’ont pas réussi à comprendre le réel intérêt de ces nouvelles fonctionnalités, et les enjeux qu’elles soulèvent. Ils n’ont pas compris. Ils n’ont pas compris que ce qui est le plus important, ce n’est pas d’intégrer ces nouvelles technologies, mais de comprendre combien ces technologies ont façonné une nouvelle culture, une culture ouverte, basée sur la libre disposition de l’information et sur la possibilité de participer à sa production.

Cet article n’est que le début d’une série. Il me semble que le thème de la société ouverte est essentiel pour comprendre les transformations en cours du paysage politique tel que nous l’avons connu jusque-là. Le succès des Verts en France et du Parti des pirates en Suède, ainsi que les débats autour du libre partage des données numériques, sont autant d’indicateurs de cette évolution vers un nouveau type de société qui entraîne la nécessité d’inventer une nouvelle manière de faire de la politique.
Photo 1: le Minitel, technologie française de pointe. Crédits: Wikipedia Common
Photo 2: join the social media wagon. Crédits: Matt Hamm sur Flickr