vendredi 10 juillet 2009

La culture politique de la Génération Y ou Génération 2.0 : Ouverture, Ethique et Humilité

Il y a une semaine j’ai publié un article sur la Génération 2.0 où je parlais de l’impact de la révolution digitale sur nos sociétés. Hier sur Twitter, j’ai découvert le terme de Génération Y grâce à @boriswandoren. L’expression Génération Y est utilisée pour qualifier la génération qui est née à partir de la fin des années 1970, qui est la première à avoir massivement intégré l’utilisation des technologies digitales dans son quotidien. Boris Wandoren, Jon Worth et moi sommes alors entrés dans une conversation animée sur la nécessité d’une meilleure représentation en politique des valeurs de la Génération Y, ce qui a amené Jon Worth à publier un article où il réfute l’argument générationnel, argumentant que le problème principal de la politique contemporaine a plus à voir avec la difficulté structurelle des partis politiques à intégrer “les preneurs de risque, les leaders, les personnes dynamiques, les personnes qui sont portées par une idéologie”. Cet article a été repris par Julien Frisch, qui est partiellement d’accord avec Jon, tout en argumentant qu’il y a quand même un aspect générationnel à ce problème.

Je continue à penser qu’il s’agit d’un problème de génération. Mais ne me méprenez pas: il ne s’agit pas seulement de remplacer les aînés par des plus jeunes. Ce serait trop facile. Pour paraphraser Jon, “c’est plus important que ça”. La question générationnelle n’est pas seulement une question d’âge. Elle a bien plus de sens lorsqu’elle est appréhendée dans sa dimension culturelle. Beaucoup de jeunes gens ont le même état d’esprit que leur parents tandis que certains “moins” jeunes savent intégrer pleinement les apports culturels des générations plus récentes. Prenez l’exemple de Mai 68. Tous les jeunes de cette année-là n’était pas des hippies aux moeurs débridées, loin s’en faut! Certains jeunes étaient gaullistes, comme Papa. Pourtant, ils avaient tous le même âge. Par contre, en terme d’impact historique, ce sont bien les jeunes hippies progressistes, soutenus par certains aînés ouverts d’esprit, qui ont gagné la bataille culturelle.

La question générationnelle est pertinente en ce qu’elle est une question culturelle plus qu’une question d’âge. Alors, qu’est-ce que la culture de la Génération Y a de spécial et en quoi cela a de l’importance ? Selon l’article Wikipédia que j’ai pu trouver sur le sujet, ce qui caractérise la Génération Y, au moins dans les pays occidentaux, ce sont les choses suivantes:

  • “Ils n'ont pas eu à subir la menace d'apocalypse de la guerre froide.
  • Ils considèrent comme acquises (et parfois dépassées) les transformations morales des années 1960-1970.
  • Ils n'ont pas connu le monde sans le SIDA.
  • Ils étaient suffisamment jeunes lors de l'introduction massive de l'informatique grand-public et de l'électronique portable (téléphonie mobile, photo numérique, GPS) pour en avoir acquis une maîtrise intuitive qui dépasse généralement celle de leurs parents.
  • Ils sont nés avec les débuts de l'intérêt du grand-public pour l'écologisme (qui était précédemment l'affaire d'une minorité, et souvent assimilée à l'extrême-gauche).”

Cette liste n’est sans doute pas exhaustive, d’autant plus qu’elle ne s’applique pas à toutes les géographies, mais elle est quand même une base pour commencer la réflexion et poursuivre les recherches sur le sujet. Bien que l’article fasse une bonne description de la culture de la Génération Y, celle-ci n’est pas mise en relation avec les attitudes politiques de cette génération. Nous voilà arrivés là où je voulais en venir.

L’émergence de cette nouvelle culture va avoir un impact à long terme sur la politique. Mon intuition est que l’élection d’Obama est le premier signe visible de ce que sera l’héritage politique de la Génération Y. Je pense que le futur de la politique se trouve dans l’ouverture, l’éthique et l’humilité:

  • Ouverture car grâce aux technologies digitales le débat public devient de plus en plus perméable à l’interaction directe des citoyens, ce qui entraîne également la nécessité pour les institutions de devenir plus transparentes. Ouverture aussi car la tolérance est l’une des valeurs centrales de la Génération Y qui soutient le droit des minorités ainsi que les libertés sexuelles.
  • Ethique car depuis quelques décennies nous avons assisté au développement d’un certain sentiment de désenchantement par rapport à la politique, conséquence de la fréquence des scandales de corruption et de l’impression d’une certaine déconnexion entre les intentions nobles qu’affichent les politiciens et ce que leurs comportements montrent.
  • Humilité car dans le monde moderne tout un chacun peut devenir une idole en une minute, et retomber aussi rapidement dans l’anonymat, car le monde est devenu si complexe qu’aucune idéologie ne peut prétendre détenir toutes les clefs de la paix mondiale, car nous vivons dans un monde interdépendant où le destin des plus riches est lié à celui des plus pauvres.

Il y a, je crois, une demande de plus en plus importante pour une nouvelle manière de faire de la politique, basée sur les valeurs que je viens de décrire. Cependant, l’offre n’est pas encore satisfaisante… C’est tout pour aujourd’hui. Restez connectés: à venir, plus d’articles sur la Génération Y, la société ouverte et ce que cela implique pour la politique.

Mise à jour le 11 juillet:

Pour ceux qui lisent aussi en anglais:

La réaction de Boris Wandoren sur le sujet: http://www.clermont-citygroup.eu/2009/07/11/is-it-more-important-than-the-generational-issue/comment-page-1/#comment-454

et l'incroyable article de Kevin Kelly sur le socialisme digitale : http://www.wired.com/culture/culturereviews/magazine/17-06/nep_newsocialism?currentPage=all

3 commentaires:

maelbrunet a dit…

Chouette billet, je suis globalement d'accord avec toi.
Par contre, je pense qu'il est important de rappeler qu'en plus d'être effectivement une question de génération et d'état d'esprit (le parallèle avec mai 68 est parlant), l'appartenance à la "génération Y" est aussi une affaire de situation sociale! Car il faut quand même un accès internet (donc des sous), les dispositions intellectuelles (donc un environnement qui s'y prête) et le temps disponible pour s'y consacrer. Sans aller jusqu'à parler d'un retour du système de classes sociales, c'est quelque chose qu'il faut garder à l'esprit àma.

Eurosocialiste a dit…

Salut Maël,
merci pour ta remarque.
En même temps il me semble que l'accès à un ordinateur et à Internet est quand même quelque chose d'extrêmement répandu de nos jours.
Effectivement, les blogs sont probablement écrits en majorité par des personnes diplômées, mais le fait important c'est que tu n'as pas besoin d'un diplôme pour t'y intégrer. C'est en cela que c'est ouvert. Pareil, devenir un pro de l'informatique peut aussi se faire sans diplôme, en bidouillant dans sa chambre. Donc il me semble quand même que ces nouvelles technologies ont quelque chose d'assez incluant en ce sens.

Mais bien sûr la Génération Y ne rassemble pas toutes les personnes d'un même âge. Faut reconnaître qu'à côté de la génération Y, il y a la Génération bling-bling, fascinée par l'argent, complètement matérialiste, avide de pouvoir... c'est entre ces deux tendances que se joue la bataille culturelle de notre génération.

Julien POUGET a dit…

Merci pour ce billet rafraichissant. Je pensais être seul au monde à m'intéresser à la question...
Sur le même thème, il y a aussi :

http://lagenerationy.com/2008/09/29/la-generation-y-quart-detat-politique/
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