mercredi 1 juillet 2009

Génération 2.0: plus qu’une révolution technologique, une révolution culturelle

Ça y est, j’ai sauté le pas : il y a une semaine de cela, j’ai rejoint la communauté Twitter. Jusque-là j’avais été sceptique par rapport à l’intérêt de cet outil mais les articles écrits par Jon Worth et Julien Frisch sur l’usage de Twitter en politique m’ont ouvert les yeux et convaincue de rejoindre l’aventure Twitter. Quelques jours plus tard, l’article de Bente Kalsnes sur les « political geeks » me confortait dans l’idée que Twitter est un phénomène qui vaut la peine qu’on s’y intéresse. Maintenant, je suis accro. L’autre jour, je jonglais comme à mon habitude entre diverses fenêtres ouvertes sur Gmail, Facebook, Twitter et mon lecteur de flux RSS, entre autres, quand soudainement j’ai eu un flash-back : il y a dix ans, rien de tout ça ne faisait partie de ma vie, ni de celle de personne d’autre en l’occurrence.

Lorsque j’étais adolescente, dans les années 90, c’est-à-dire il y a juste un peu plus de dix ans, nous n’avions ni téléphones portables, ni ordinateurs. En France, on utilisait encore le Minitel, c’est tout dire. Les téléphones portables n’ont commencé à se répandre que lorsque je suis arrivée à l’université. Nous professeurs osaient encore à peine nous demander de « taper » nos devoirs au lieu de les écrire de manière manuscrite. Rares étaient ceux d’entre nous qui possédaient un ordinateur personnel. Dix ans plus tard, en masse, les jeunes gens de ma génération écrivent des « e-mails », « surfent » sur le « web », envoient des « SMS » depuis leur « GSM », compte des centaines « d’amis » sur « Facebook », « postent » leurs idées sur des « blogs » et participent à des débats enflammés sur « Twitter » avec des inconnus. Tout cela est arrivé en dix ans, et cela a profondément changé notre relation au monde, et en particulier à la sphère politique.

Nous sommes témoins du commencement d’une nouvelle ère. L’Histoire de l’espace public se rappellera probablement de la révolution digitale comme un évènement aussi important que l’invention de l’imprimerie par Gutenberg au XVème siècle. Tout le monde a accès à tout type d’information à travers une simple connexion Internet. L’information est devenue un bien commun. Ce n’est plus une source de pouvoir réservée à certains privilégiés. Ceci est en train de changer profondément l’équilibre politique. Qui que ce soit peut désormais influencer le débat public relativement facilement, pour peu qu’il ait de l’esprit, une bonne plume et qu’il comprenne comment utiliser de manière stratégique les outils Internet que sont les blogs, Facebook et Twitter.

L’information ne suit plus une pente horizontale, du journaliste au public. L’information provient désormais de toute part et elle est produite par tous. Par conséquent, la sphère publique devient de plus en plus horizontale. Ce rééquilibrage est en train d’avoir un impact énorme sur nos démocraties. Pendant des dizaines d’années –siècles ?- les débats politiques ont été menés par les journalistes, les intellectuels et les partis politiques. A présent, n’importe qui peut exprimer son opinion sur Internet et attirer beaucoup d’attention. L’information n’est plus un monopole. Nous sommes juste au début d’une nouvelle ère. Les informaticiens l’appellent la société digitale. La Commission européenne l’appelle la société de l’information. Je l’appellerais plutôt la société ouverte.

Cette évolution de la société représente un grand défi pour les partis politiques traditionnels. Ces organisations ont des structures lourdes. A mesure qu’elles ont grandi, les décisions internes se sont prises de plus en plus du haut vers le bas. Ceci ne fonctionne guère plus car grâce à la révolution digitale, l’information n’est plus le monopole de quelques uns. Cependant, les partis politiques traditionnels sont si figés dans le temps en ce qui concerne leur manière d’opérer, qu’ils ont des difficultés à intégrer la révolution Internet. Bien sûr, ils essaient de se mettre aux dernières technologies, ils se font concevoir des sites web « tendance » avec toutes les applications sympa qui vont avec. Mais ils n’ont pas réussi à comprendre le réel intérêt de ces nouvelles fonctionnalités, et les enjeux qu’elles soulèvent. Ils n’ont pas compris. Ils n’ont pas compris que ce qui est le plus important, ce n’est pas d’intégrer ces nouvelles technologies, mais de comprendre combien ces technologies ont façonné une nouvelle culture, une culture ouverte, basée sur la libre disposition de l’information et sur la possibilité de participer à sa production.

Cet article n’est que le début d’une série. Il me semble que le thème de la société ouverte est essentiel pour comprendre les transformations en cours du paysage politique tel que nous l’avons connu jusque-là. Le succès des Verts en France et du Parti des pirates en Suède, ainsi que les débats autour du libre partage des données numériques, sont autant d’indicateurs de cette évolution vers un nouveau type de société qui entraîne la nécessité d’inventer une nouvelle manière de faire de la politique.

Photo 1: le Minitel, technologie française de pointe. Crédits: Wikipedia Common

Photo 2: join the social media wagon. Crédits: Matt Hamm sur Flickr

6 commentaires:

Julien Frisch a dit…

Je viens de réaliser (par cet article) que tu écris deux blogs, en anglais et en français... :-)

Félicitations pour cela! Moi, j'ai abondonner mon blog allemand, ça prend trop de temps, en particulier parce que je travaille souvent avec des documents - et chercher deux versions à chaque foi serait trop.

Ulrich Stakov a dit…

Hello et bienvenue sur Twitter. Juste quelques petites rectifications quant à l'internet en France.
Le premier réseau Internet en France date de 1992 et il est le fruit de l'Université. Le premier fournisseur d'accès à Internet a été créé en 1994, il s'agit de Francenet. AOL contribua à populariser le Net à partir de 1996... et les premiers sites webs français datent de cette époque.

Ce furent des sites militants, prônant un Web non marchand comme les Ours, la Rafale, les Chroniques du Menteur. Et contrairement aux surinformés de Twitter, ils apportaient un véritable regard critique sur les conséquences d'une marchandisation du Net.

Puis est arrivé 1999 et sa cohorte commerciale. Twitter n'est qu'un instrument, il ne doit pas remplacer le débat et l'échange d'idées. Or avec 140 caractères, l'échange est un peu court.

Eurosocialiste a dit…

@Julien, oui effectivement ça prend le double de temps d'avoir un blog bilingue car je traduis la plupart des articles. Seuls les articles trop "EU bubble" d'un côté et trop franco-français de l'autre ne sont pas traduits. ça m'a semblé important par rapport à l'objectif de mon blog qui est de créer des ponts entre les débats français et les débats européens. On verra combien de temps je garderai le rythme! pour l'instant j'ai du temps...

@Ulrich, merci pour les précisions historiques! Je ne faisais que lancer quelques idées, je me rends bien compte que pas mal d'éléments m'échappent. Mais si ça peut créer le débat, c'est le principal! Par rapport à Twitter, bien sûr qu'il ne s'agit que d'un instrument et qu'il ne doit pas remplacer le débat d'idée! Je me rappelle qu'au début de la décennie quand on a commencé à parler des réseaux sociaux et de comment les gens créaient des amitiés et plus si affinité sur Internet, on s'inquiétait de ce que ça entraîne une dématérialisation des relations humaines. Ce n'est pas le cas. Toutes ces nouvelles technologies nous permettent d'avoir des espaces supplémentaires de débat et de rencontre, mais ils ne remplacent en aucun cas les espaces traditionnels comme le bar-PMU du coin ou le marché :)

@ tous,
L'article a été repris par le blog Arte "L'Europe en blog" dans un article appelé "Gutenberg 2.0": http://tr.im/qB46

Ulrich Stakov a dit…

Je suis pour ma part très sceptique quant aux "bienfaits" des réseaux sociaux. Ils ont, amha, plus développé le narcissisme, le "moi je" et surtout plus grave le conformisme... Une idéologie du superficiel s'est ainsi développé dont Twitter n'est que le dernier avatar.
Un site web, un blog, ça se construit, ça se réfléchit, ça se conçoit dans le temps et la durée.

Bernardo a dit…

Un des éléments de différentiation de ces outils est le double sens de la communication.
Certains hommes/femmes politiques et certaines organisations ne l'ont pas encore bien compris, mais ils risquent de le payer cher. Probablement la chute des socialistes en Europe et la montée des verds viennent partiellement de celà

arncouk a dit…

Bienvenue sur twitter! Et plus généralement continuez de nous informer sur la politique 2.0 depuis Bruxelles, encore plus après cette campagne européenne en demie teinte en ce qui concerne l'usage des medias sociaux par les partis