mercredi 8 juillet 2009

Communiquer l’Europe : mission impossible ? Et si le problème était ailleurs…

Lundi, l’association Forum 311 organisait à Bruxelles un débat sur le thème « Communiquer l’Europe : Mission impossible ? ». Je n’ai pas pu y assister. Heureusement, d’autres confrères bloggeurs s’y trouvaient et j’ai donc pu lire deux comptes-rendus du débat aussi différents dans leur style que dans leur contenu. Tandis que le blog du professionnel de la communication, Michael Malherbe, donne une présentation détaillée des thèmes qui ont été abordés, un Européen jamais content a choisi de rapporter l’ambiance des échanges. Je vous invite à lire les deux articles.

Bien que les institutions européennes aient fait des efforts remarquables cette année pour « communiquer l’Europe » en préparation des élections européennes, le taux de participation a été, comme toujours, plus bas qu’aux élections précédentes. Voilà qui fait sans doute désespérer les communicants de l’Europe, d’où le titre du débat. Ils ont tant essayé pourtant. Ils se disent, à nouveau, qu’il faut se rendre à l’évidence : communiquer l’Europe est décidément mission impossible. Willy Helin, Chef de la Représentation de la Commission européenne en Belgique, parle même de « mission suicide ». Et si le problème se trouvait dans l’expression même qui est utilisée pour tenter de le résoudre ? « Communiquer l’Europe »... et pourquoi pas « communiquer avec les Européens » ou même « communiquer entre Européens » ?

Lors des débats autour du « non » français, du « nee » néerlandais et du « no » irlandais au feu traité constitutionnel puis au traité de Lisbonne, j’avais été frappée par la réaction des eurospécialistes de tous bords. Le diagnostic était unanime. Si les Européens avaient été mieux informés, ils auraient voté « oui », « ja » et « yes » en chœur. Peut-être. Sans doute même. Mais à l’instar de ce débat, le problème n’est pas là.

La nécessité n’est pas de « communiquer l’Europe », comprenez porter la bonne parole des élites éclairées vers le peuple aveuglé, mais de communiquer en Europe, entre Européens sur l’Europe. La première conception du problème « communiquer l’Europe » est didactique. Les institutions fournissent des informations sur ce qu’elles font, de manière unidirectionnelle. Elles émettent de l’information en direction de destinataires –les citoyens européens- qui n’ont rien demandé d’ailleurs. La deuxième conception est interactive. Il s’agit de faire débattre de l’Europe. À mon sens, le problème majeur de la « communication européenne » est qu’elle est institutionnelle, c’est-à-dire consensuelle, dépolitisée et, par conséquent, non polémique. Du coup, c’est ennuyeux. C’est là où le bât blesse.

Bien que j’aie regretté le résultat du référendum sur le traité constitutionnel européen en France, il s’est quand même passé quelque chose d’extrêmement positif pendant cette campagne. Pour une fois, on a parlé d’Europe ! Cette campagne a passionné les Français. Tout le monde en parlait. Pourquoi ? Parce qu’il y avait des camps opposés qui s’affrontaient sur des choix politiques compréhensibles, parce qu’il y a eu des débats enflammés justement, parce que pour la première fois, on avait politisé l’Europe. Je suis persuadée que la solution au problème de la distance entre les institutions européennes et les Européens se trouve dans la politisation de l’Europe. C’est le sens de mon engagement.

Alors oui, je sais bien, on me répondra : mission impossible justement ! Parce que les partis nationaux (certains) s’y refusent, parce que les cultures politiques des Etats membres sont trop différentes (le sont-elles tant que ça ?), parce que l’Europe est trop compliquée (pas plus que les systèmes politiques nationaux), parce que l’Europe n’intéresse pas (prophétie auto-réalisatrice ?), etc, etc, etc… Malgré tout cela, j’y crois. Désarticuler ces préjugés en construisant des ponts entre les politiques nationales et la politique européenne est précisément l’objectif de ce blog. Car si impossible n’est pas français, impossible n’est pas non plus européen. Je sais que des expressions similaires existent en anglais -"T
here is no such word as “can’t”- et en néerlandais -"Onmogelijk bestaat niet”-, et chez vous, comment dit-on qu'impossible n'est pas européen?

Crédits photos : European Parliament on Flickr

3 commentaires:

Anonyme a dit…

En néerlandais c'est "Kan niet is dood"!!

Eurosocialiste a dit…

ah tiens, j'avais entendu "onmogelijk bestaat niet" aux Pays-Bas...

Alexandre Alaphilippe a dit…

Pour avoir un peu étudié le sujet, tant qu'il n'existe pas d'espace public européen, sur lequel le débat puisse être lancé, et qui soit accessible à tous, il n'y aura pas de communication.
Scientifiquement, la communication c'est l'émission d'un message vers un récepteur via un canal.
Or, aujourd'hui le canal soit n'existe pas, soit est trop étroit pour le message. Tant que nous n'aurons pas des télévisions communes européennes, des journaux communs européens, etc. Nous n'aurons pas de communication européenne, même en créant tous les sites Internet que l'on souhaite...